vitamines A comme Agilité en 10 questions

 Agilité est désormais un terme à la mode. Tout ou presque semble être devenu agile.
Mais cet engouement sème le doute sur l'efficacité du concept.
Avec ces 10 questions vitaminées, Didier Lebouc lève ces suspicions et éclaire des pratiques qui reposent, d'abord, sur des procédés éprouvés et de bon sens.

Aller à la seconde partie de ces 10 questions sur l'agilité

agilité - innotelos - vitamines pour l'innovation (image RitaE / Pixabay)

1) D'où vient l'agilité ?

L'agilité est apparue, à partir des années 1980, dans la construction et les travaux publics, à l'issue d'un triple constat.

Tout d'abord, les projets conduits avec des méthodes classiques - notamment une planification détaillée et structurée - échouaient souvent à respecter délais, budgets et satisfaction de leurs clients.

Ensuite, les dérives constatées étaient imputables à l'incertitude radicale, aux surprises bonnes et mauvaises, beaucoup plus qu'aux petits aléas.

Enfin, certains professionnels réussissaient mieux que la moyenne, grâce à des pratiques atypiques et peu normées, reposant sur la proximité avec les clients, le collectif et la flexibilité.

Vers 2000, l’agilité est entrée dans l’univers de l’informatique et y a acquis la popularité qu’elle connaît aujourd’hui.

2) Quels sont les principes de l'agilité ?

L'agilité affirme que, pour développer des nouveautés, l'intelligence collective, la motivation et l'auto-organisation d'une équipe diverse d'hommes et de femmes sont plus efficaces que des processus préétablis.
Autrement dit, pour faire du neuf, mieux vaut s’appuyer sur l'humain que sur de vieilles recettes !

3 principes agiles découlent de ce point de départ :

 Mettre les clients au coeur du projet et de l’équipe.
 Réussir en équipe, se faire mutuellement confiance.
 Accepter & accueillir l'incertitude plutôt que de chercher à la combattre.

L’agilité repose donc avant-tout sur des savoir-être.
Ces savoir-être sont complétés par des outils et savoir-faire, à choisir en fonction du contexte du projet.

Il n’existe donc pas UNE méthode agile, mais un état d’esprit agile (agile mindset en anglais).
Aussi, les multiples “agile frameworks” (littéralement encadrements agiles), qui ont proliféré ces dernières années, proposent paradoxalement de l’agilité... rigide.

3) Les projets agiles ont-ils des analogies dans d'autres activités ?

Le développement agile d'un nouveau produit s'apparente à l'élaboration d'un journal télévisé.

L'objectif d'un journal télévisé est très ambitieux. Il est connu de tous, journalistes comme techniciens : tous les soirs, à 20H00 précises, le présentateur relate, en direct, l'actualité saillante du jour.
Chacun a conscience qu’il est inenvisageable de démarrer à 20H07 ou de resservir les nouvelles de la veille.

La préparation, somme toute assez ordonnée, a lieu suivant un cycle répétitif de 24 heures aux grands jalons connus de tous, comme les conférences quotidiennes de rédaction de 9H00 et de 15H00.

Toutefois, incertitude et surprises priment.
Si d'aventure et sans préavis, le ministre du budget annonce à 19H37 qu'il est un fraudeur fiscal compulsif, l’équipe, dans son entier, monte illico sur le pont. Elle jette à terre le bel édifice préparé au cours de la journée et le reconstruit pour 20H00.

4) L'agilité est-elle applicable dans n'importe quel domaine ?

Non ! L’agilité n'est pas une idéologie !

L'agilité est très efficace pour permettre à un groupe de femmes et d'hommes de développer une innovation rentable.

À l'inverse, l’agilité est contre-productive pour traiter des processus répétitifs et balisés.
Il est heureux que la circulation des rames de métro ne soit pas réglée de manière agile.

5) Concrètement comment se passe un projet agile ?

À l'instar de la préparation du journal télévisé, il n'y a pas de déroulement entièrement spécifié d'un projet agile.
Toutefois, 5 invariants permettent à l'équipe d'avancer et réussir.

I) Formuler clairement les objectifs du projet, s'assurer que chaque équipier les connaît et les comprend

Il s'agit de la responsabilité principale du leader du projet. C'est, encore plus, le rôle du management de l’entreprise.
L'auto-organisation de l'équipe fonctionne correctement uniquement si chacun a assimilé, au plus profond de lui-même, vers où le groupe doit aller et les ressorts stratégiques de cette direction.

Les raisons d'être du projet revêtent une importance particulière. Ce sont les fondations sur lesquelles le groupe s’appuie pour prendre des décisions pertinentes en situation d'incertitude.

II) Itérer, avancer pas à pas, délivrer du concret à chaque étape

L’objectif est de développer un produit ou service qui convient à sa clientèle et qui n’est pas trop couteux à produire.
Le meilleur moyen de s’en assurer est de le vérifier régulièrement durant le développement.

Un projet agile est donc une succession de cycles.
Étonnamment, les anglophones ont baptisé ces cycles sprints, alors que les projets s'apparentent plus à des marathons.
Suivant le contexte du produit ou du logiciel à développer, un sprint dure entre quelques jours et quelques mois.

À la fin de chaque cycle, l'équipe délivre une maquette, un prototype ou encore une évolution du produit ou du logiciel.
Ce "livrable" tangible est testé auprès des clients, voire aussi auprès des personnes qui auront en charge sa production et sa commercialisation.

Les résultats de ces tests ainsi que les contraintes de délai, de ressources et de budget sont examinés à la fin de chaque cycle. Si besoin, le projet est alors réajusté.

III) Cultiver l'intimité avec les clients

La réussite du projet passe par le succès commercial du nouveau produit, une fois lancé.
Pour ce faire, il est indispensable que chaque membre de l'équipe, sans exception, connaisse très bien les clients et leur contexte.

De très nombreuses méthodes marketing permettent d'aborder la clientèle, de l'écouter et de la comprendre.
Les équipes agiles panachent plusieurs de ces approches, les emploient du début à la fin du projet et y impliquent un maximum d'équipiers.

IV) Rendre toute l'information du projet accessible et visible par chaque équipier

Pour prendre, au quotidien, des décisions pertinentes, une équipe de projet doit disposer de tous les éléments lui permettant d'étayer puis d'arrêter ses choix.

Il ne peut être question que certaines données soient l'apanage exclusif de quelques uns.
Ainsi, par exemple, les enquêtes clients, les bases de données techniques ou les calculs économiques doivent être aisément accessibles par chacun.

Les informations les plus fréquemment utilisées doivent être facilement accessibles et traitables, à tout moment.
Ainsi, une équipe agile se reconnait aisément par les murs de ses bureaux couverts de papiers en tous genres, arborant jargon, épures, plannings et graphiques évoluant au rythme du projet.
De la même manière, l’ordinateur de chaque équipier dispose d’accès à toutes les données du projet.

Les fameux post-its, souvent vus comme emblématique de l’agilité, ne sont en fait qu’un moyen simple et bon marché de diffuser de l’information dynamique.

V) Planifier de manière simple, dynamique & collective

Un projet agile n'est ni le Club Med, ni l’Académie des Sciences !
Son objectif est de développer, puis de lancer, un nouveau produit, service ou logiciel, rentable pour l’entreprise.

Pour y arriver, la planification ne saurait être un exercice ésotérique, réservé à quelques spécialistes munis de diagrammes cabalistiques plaisamment baptisés PERT ou GANTT.

Au contraire, il s'agit d'une démarche collective conduite régulièrement par tous les équipiers, sans exception.
En fonction des contextes du projet et de l’entreprise, de nombreuses méthodes, simples de mise en oeuvre (par exemple : suivi des tâches, planning poker, mesure de vélocité…), transforment les équipiers en planificateurs engagés.

Cette implication de tous facilite grandement les inévitables arbitrages entre le souhaitable et le possible.

Rejoindre la suite de ces 10 questions sur l'agilité
 

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Didier Lebouc - agilité et innovation - innotelos | vitamines pour l'innovation (Grenoble)

Didier Lebouc
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Grenoble (Isère, France)

références

les 3 articles fondateurs de l'agilité

 le livre de Didier Lebouc "développer un produit innovant avec les méthodes agiles" (Éditions Eyrolles)
la bibliothèque de l'innovateur agile
vidéos Le Projet Fait Rage

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